Hier soir, nous accueillons une nouvelle pratiquante au dojo. Je la remarque très vite, avant même le début de la pratique. Certains signes ne trompent pas, comme vous aller vite le constater.
Alors que les pratiquants montent sur le tatami et saluent le Kamisa en silence, déjà dans la concentration, notre nouvelle venue se livre à un petit cérémonial bouddhiste conclu par les deux claquements de mains de rigueur et qui résonnent dans le dojo avec toute la force... des cheveux qui tombent dans la soupe. Le caractère individuel, singulier et somme toute incongru de cette démarche ne semble pas éveiller l'attention de l'intéressée.
Quand on est nouveau, fraîchement arrivé dans un endroit inconnu (et je parle ici dans un sens bien plus large que celui d'un dojo), le bon sens, la politesse et la modestie nous dicte de faire profil bas, d'être particulièrement attentif aux us et coutumes locales et de s'en imprégner. En somme on arrive pas en territoire inconnu en exhibant sa "différence", a fortiori lorsqu'il s'agit d'un art martial. Un guerrier n'arrive pas de nuit, tout gyrophare et sirène dehors s'il veut réussir son attaque surprise. Il semble donc que cette notion soit totalement étrangère à la demoiselle en question.
Un peu plus tard, pendant la période de préparation où les pratiquants suivent harmonieusement les mouvements de notre senseï, nous retrouvons notre kimonette en "opposition de phase" systématique: elle exécute les mouvement en sens contraire du reste des pratiquants se retrouvant tantôt face à face, tantôt dos à dos avec nous, ce qui ne semble pas non plus la traumatiser outre mesure. Le cheveu se complairait-il dans la soupe ?
Bien. Comme les débuts semblent difficiles, je me dit qu'il serait bon de l'aider à s'imprégner de l'atmosphère de pratique qui règne chez nous, et l'invite donc sur le tout premier mouvement: kokyu-ho. Là, je me retrouve face à une véritable boule de nerfs toute crispée (pourquoi ne suis-je pas surpris ?). Mon intuition me guide alors vers encore plus décontraction et de souplesse, histoire de lui faire sentir que la Voie est Autre. Et c'est là que, du haut de ses 2 minutes d'ancienneté dans le dojo, elle commence à me donner des conseils ! Il faut que je la tienne plus fermement, que je sois plus solide etc. Je me risque alors (grossière erreur) à tenter de lui expliquer qu'il faut au contraire être décontracté. "Mais je suis décontracté" me jette t-elle, agacée, à la figure, tandis que le bloc de béton qui lui sert de bras me laboure le poignet.
Au bout d'un moment, n'y tenant plus, je lui demande si elle à fait un autre art martial avant de venir à l'Aïkido, comme (au hasard) du Karaté. La réponse fut la suivante: "Non, non, je fais juste comme toi. Il faut que tu ramollisse ton ego." !
À ce stade, je crois qu'il est inutile d'en dire plus. Alors, chère inconnue, merci beaucoup pour tes conseils, bienvenue au dojo, et surtout bon courage pour t'adapter, parce que là, je crois qu'on part de très très loin...

PS: après coup, j'ai appris qu'en arrivant au dojo, elle venait de 8 ans d'Aïkido "avec une brute" (dixit notre senseï). Alors là, tout s'est brusquement éclairé dans mon esprit: quand je lui ai demandé si elle venait d'un autre Art Martial, elle a dû mal le prendre...

Aïkido, de nos jours, ça veut vraiment dire tout et n'importe quoi !